M. ANOH ADJOBI FRANÇOIS : « l’unité nationale passe par l’unicité linguistique. »

M. ANOH ADJOBI FRANÇOIS : « l’unité nationale passe par l’unicité linguistique. »
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Bonjour M. ANOH, nous atafai-info.ci sommes un site internet d’actualités et d’informations dédié aux villages Abouré pour promouvoir et valoriser la culture et la tradition Abouré dans son ensemble ; Nous sommes venues vous rencontrer dans le cadre de notre rubrique INSTANT AVEC… consacré aux personnes qui interviennent dans divers domaines en faveur de la communauté et qui ont besoin de se révéler aux grands publics. Pour ce numéro, notre choix a porté sur votre modeste personne en tant que le créateur qu’une langue mosaïque dénommée « AKRUBA », vous êtes passez certes sur les chaines de télé mais nous pensons qu’il reste encore des points d’ombre que nous voulons parfaire pour le bonheur de nos internautes raison pour laquelle nous sommes venus aux sources, solliciter un interview avec vous afin de nous éclairer et nous instruire sur votre création. Mais avant d’entre dans le vif du sujet, nous allons mieux faire connaissance.

Qui est M. ANOH ?

Je suis ANOH ADJOBI FRANÇOIS, originaire de Bonoua, père de famille, instituteur à Jacqueville, enseignant chercheur.

Pouvez-vous nous donner l’origine de l’Akruba et pourquoi cette appellation ?

Dans la recherche d’une langue nationale, les réunions et séminaires ont été organisés par les autorités ivoiriennes, des chercheurs en linguistique s’y sont penchés également mais toutes les tentatives ont échoué ou sont restées lettre morte à cause du refus des uns et des autres de se soumettre à une langue. Le pays regorge d’éminents chercheurs tels que Kouadio N’guessan Jérémie et autres mais le refus de se soumettre à une langue dépend de la population et non de ceux qui en font la promotion, découragement n’étant pas ivoirien il fallait donc choisir le juste milieu, la synthèse des trois ères culturelles : le groupe Akan (A) situé au sud à l’est et au centre, le groupe Krou(KRU) à l’Ouest et le groupe du nord que j’ai appelé Bat(BA). Avec le cycle de ces 3 aires linguistiques nous avons donné l’appellation « Akruba » pour que chacun se reconnaissent dans la formulation du nom sinon la première dénomination de cette langue était l’énuonsè (l’entente).

 

Que trouvez-vous inapproprié dans nos langues maternelles au point de vouloir mettre en place une langue mosaïque pour les remplacer ou les concurrencer ?

Il existe plusieurs langues dans ce pays mais je me suis rendu compte que dans notre système éducatif, sont enseignés uniquement le français, l’Anglais, l’Allemand, l’Espagnol, aucune langue ivoirienne alors qu’on en a plusieurs ; des langues nationales sont enseignées dans des pays comme le Ghana, l’Afrique du sud, ce n’est donc pas parce que nos langues sont pauvres mais il fallait que la cote d’ivoire ait une langue comme la France et quelle transmette le message dans sa langue propre. Voyez vous-même la France qui est notre père colonisateur a trouvé que l’unité nationale passe par l’unicité linguistique c’est pourquoi l’Académie française a été mise en place en 1634, si le père colonisateur a une langue pourquoi le colonisé n’aurait-il pas une a lui ?

 

Parlez-vous couramment toutes les langues ivoiriennes ?

Non, pas besoin de parler toutes les langues, un enfant peut apprendre à parler dix langues mais dire qu’une personne peut comprendre soixante langues c’est impossible. Pour mettre l’Akruba en place, Il fallait juste travailler, rechercher les similitudes dans nos différentes langues.

Comment se sont faites vos recherches et sur combien de temps se sont-elles déroulées ?

Elles ont débuté en 1990, nous avons approché les peuples pour trouver les similitudes, le mot « You » par exemple signifie « enfant » en Bété, Dida, Guéré, Kroumen, Ahizi… ; c’est étonnant, même émouvant de constater que nos langues sont liées par plusieurs mots et expressions. La recherche n’a pas été facile mais on avait besoin d’assez de temps pour faire un travail sérieux ; en apprenant l’Akruba, on découvre que nous sommes frères et sœurs voilà pourquoi aujourd’hui les ivoiriens qui découvrent cette langue en sont fiers.

 

L’Akruba renferme précisément combien de langues ?

A vrai dire je ne sais pas, c’est la synthèse des langues, je ne pourrai donc vous donner un nombre exact.

 

Est-ce qu’on y trouve des langues de la sous-région vue qu’on a des similitudes linguistiques ?

C’est l’Afrique et les langues ont toujours des interférences, le brassage ethnique favorise les emprunts en AKRUBA, à l’ouest les langues libériennes vont s’insérer, pareil au nord pour le malinké. En Akruba « nation » se dit « dougou » c’est un mot malinké, on le retrouve aussi dans l’orthographe de « Ouagadougou » au Burkina Faso.

Votre niveau intellectuel ne serait-il pas un frein vu que vous n’êtes qu’un instituteur or d’aucun dirait qu’un professeur de l’Université précisément un linguiste serait le mieux outillé ?

Je leur donne raison dans un premier temps mais je voudrais aussi ajouter que pendant cinquante ans la Côte d’Ivoire n’a pas été dotée, par ses chercheurs, d’une langue nationale alors qu’ils ont acquis assez de connaissances, j’appelle cela des connaissances classiques parce qu’ils n’ont rien de purement ivoirien contrairement à moi. Je pouvais être plus intellectuel si j’avais emprunté le même chemin mais j’ai préféré étudier nos langues nationales pour créer une qui nous sera propre. Selon les frères de l’université une langue finira par s’imposer, on n’en crée pas mais dites-moi l’espéranto n’a-t-elle pas été créé ? Je suis allé à l’école des professeurs d’universités et j’ai fait ce qu’ils n’ont pas pu ce qui fait de moi un instituteur très intelligent, je n’ai pas de regrets.

 

En quelle année votre création a-t-elle vu le jour ? comment a réagi l’opinion publique ?

La langue est une œuvre de longue haleine, elle doit évoluer sinon elle meurt donc nous y travaillons constamment mais les premiers documents ont vu le jour en 2000, l’enseignement a aussi commencé dans cette période. Ça été la grande joie du côté de l’opinion publique, les livres sont même en rupture de stock, les ivoiriens aiment la langue, nous attendons maintenant la décision de Mme le ministre de l’éducation nationale Kandia KAMARA.

 

 Quel est votre vision et vos objectifs pour l’AKRUBA ?

J’ai toujours dit aux ivoiriens que la langue est un instrument de paix, de cohésion sociale et de développement ; les français l’ont bien écrit en gras : « l’unité nationale passe par l’unicité linguistique ». Mon objectif est de faire comprendre aux ivoiriens qu’ils sont des frères et sœurs, qu’une langue nationale est vecteur de paix, de cohésion sociale, d’unité et que l’AKRUBA sera la langue de l’ivoirien nouveau.

 

Votre invention est-elle reconnue par l’Etat ivoirien ?

J’ai envoyé des documents à Mme le ministre, elle m’a convoqué à la direction de la pédagogie, j’ai fait mon rapport entre temps nous continuons d’enseigner dans quelques écoles; les filles du lycée Ste marie de cocody avaient présentés des pièces de théâtre en Akruba en présence de plusieurs autorités du monde de l’éducation, de l’enseignement et du ministre AMANI, notre surprise fut grande car le public a vraiment aimé et le soulagement des uns et des autres d’avoir fait la découverte d’un pur produit pour résoudre l’épineux question de langue nationale ivoirienne était vraiment indescriptible. Depuis ce jour il nous a lancé dans le système sans avoir officialisé notre statuts  et on espère que le régime actuel fera le reste, entre temps nous ne baissons pas les bras vus la noblesse de notre objectif.

 

Avez-vous des partenaires qui vous accompagnent dans l’atteinte de vos objectifs ?

Il n’y a pas de partenaires, seulement des enseignants. Ce sont des instituteurs que je forme, je fais les documents avec mes propres moyens, je pense que les moyens viendront mais voir les enfants s’exprimer dans leur langue actuellement représente une joie pour moi, c’est la première richesse.

 

L’Akruba est-elle déjà enseignée ? depuis combien de temps et où ? comment réagissent les apprenants ?

Oui elle est enseignée dans certaines écoles primaires et secondaires, aussi dans le préscolaire et dans les CAFOP. Les localités concernées pour le moment sont Bonoua, Jacqueville, Dabou, Abidjan. Nous avons des documents disponibles au prix de 3500f pour ceux qui s’y intéressent, je voudrais préciser que l’Akruba n’est pas une langue à ton, elle est très facile à lire.

 

Pouvons-nous avoir quelques termes en Akruba avec les traductions en français ?

Kpatchien wrons ! : bonjour madame !

Kpagujé mami : bonsoir maman

Sôso n’gat cô ? : comment ça va ?

N’gat cô n’dè ! : ça va bien !

Mè vè fo : je vous salue

 

Quelles initiatives avez-vous déjà mené pour l’expansion de cette langue ?

 Nous approchons les différents établissements pour la vulgarisation de la langue, n’ayant pas d’autorisation officielle nous sommes face à un refus dans certains lieux mais nous essayons de convaincre les responsables en place pour avoir des heures d’enseignement. On gagnerait tous à parler la langue Akruba.

Quels sont vos projets futurs pour promouvoir Akruba ?

Je recherche la volonté politique, que l’Etat nous aide avec les moyens, nous avons besoin d’une aide, des séminaires de formation qui seront organisés et le reste suivra.

Votre mot de fin M. ANOH

Je dis surtout aux enseignants qui sont formés de ne pas se décourager, nous sommes engagés, on ne peut plus faire demi-tour, qu’ils continuent dans cet élan les moyens viendront. Que DIEU nous bénisse !!!

Merci M.ANOH pour votre disponibilité, l’équipe de ATAFAI vous suit très reconnaissante et nous  espérons nous rencontrer pour d’autre numéro de INSTANT AVEC...