FELIX KOCOGNI: « je suis le père du cinéma à Bonoua»

FELIX KOCOGNI: « je suis le père du cinéma à Bonoua»
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BONJOUR M.

C’est avec un réel plaisir de vous avoir aujourd’hui dans le cadre de notre rubrique INSTANT AVEC…, vous êtes connu a Bonoua comme une figure de la radio local et depuis des années, on vous colle un nouveau étiqueté, qui n’est autre que le passionné du cinéma et plus précisément en langue Abouré. Lors de nos recherche, nous nous sommes rendu compte que plusieurs organes de presse ont écrit des article sur vous et votre nouvelle carrière cinématographique et même un extrait de l’une de vos productions a été diffusé lors de l’émission c’est midi de la RTI ; vue tous les efforts que vous faites, l’équipe de ATAFAI-INFO à travers sa rubrique INSTANT AVEC viens au source pour tenter de comprendre d’où est venu cet amour du cinéma et pourquoi en Abouré mais avant nous allons chercher à connaitre M. KOCOGNI.

 

FELIX KOCOGNI est un nom pas très connu, pouvez-vous vous présentez à nos internautes svp ?

    Je suis KOCOGNI Felix, né le 15 janvier (je ne dirai pas l’année), marié père de 4 enfants. Présentement directeur des programmes à la radio N’Nowé de Bonoua où j’ai débuté mes animations vers la fin de l’année 1999.

 

Que peut-on retenir de votre parcours scolaire et professionnel ?

    J’ai commencé à l’école primaire Bonoua IV en 1976 où j’ai obtenu mon CEPE. Parcours normal jusqu’en classe de 4e ou j’ai arrêté les études suite au décès de ma mère survenu au Ghana voisin en 1985, qui y était pour subir une opération chirurgicale. Refusant d’intégrer l’armée sous proposition de mes frères, un matin pendant les funérailles de mère, j’ai rejoint mon cousin Alexandre à Assinie, à qui j’avais demandé de me trouver un poste au sein de l’entreprise dans laquelle il exerçait. L’année suivante, mes grands frères après m’avoir beaucoup cherché, ont découvert que je travaillais à Assinie, il n’était donc plus question pour moi d’aller à l’école. J’ai par la suite fait la culture des maraichers ce qui m’a valu le pseudo de « M. chou » au marché, par la suite conducteur de taxi.

 Arrivé par amour à la radio, J’ai débuté en tant que simple animateur en 1999, ensuite chef d’antenne adjoint en 2000 puis chef d’antenne en 2001 et directeur des programmes depuis 2003. Faut dire que n’ayant pas une grande expérience, je me suis auto formé, j’ai suivi plusieurs formations tant à l’international que local, ce qui m’a permis d’avoir quelques diplômes que je garde jalousement pour moi. J’ai un diplôme international de journalisme acquis avec radio canada international, J’ai aussi été dans une école de journaliste radio à Abidjan d’où je sors avec un diplôme international dénommé « passeport » après 3 mois de formations, J’ai aussi assez d’attestations de formation avec des partenaires radio tels que ONUCI FM et bien autres…

 

M.KOCOGNI est connu à Bonoua pour son engagement professionnel à la radio, d’où vient cette envie de faire du cinéma ?

     Il faut dire que j’ai beaucoup de cordes à mon arc, vous ne le savez pas mais je suis aussi sculpteur (il nous montrera certaines œuvres a-t-il dit), en dehors de cela je voulais au début être romancier mais je me suis dit que la population ne lit plus beaucoup aujourd’hui. Lorsqu’on n’a pas une bonne maison de production, il est difficile de se faire connaitre ; bien vrai qu’on a assez d’écrivains ici mais leur cible c’est la jeunesse, qu’en est-il des anciens et des parents ? Que faut-il faire pour intéresser et soulager ces derniers ? Pour mon premier livre j’avais pensé à une histoire d’amour semée d’embuches entre un jeune homme assez poussé dans les études et une fille pas très instruite, je me suis alors dit pourquoi ne pas faire du cinéma ? Puisque cela est accessible à toutes les couches de la société, j’ai donc décidé de laissé le roman pour le cinéma.

 

Pourquoi avez-vous opté pour le cinéma en langue Abouré et non pas une autre comme le dioula, le baoulé… ?

    A l’époque, même avec la présence des artistes chanteurs comme Wognin Pedro, l’Abouré n’était pas connu, la langue disparaissait.  Ici en Côte d’Ivoire, on a déjà le cinéma en dioula, Agni, baoulé… mais pas en Abouré, ADJE Daniel était un acteur originaire de Bonoua mais ses pièces théâtrales n’étaient pas en Abouré et moi je voulais faire du pur produit local, par devoir de conscience je me devais de sauvegarder cette langue. Aujourd’hui je peux dire que j’ai emmené le cinéma a Bonoua en 2010 ; Mon rêve était qu’on ait une seule équipe de cinéma à Bonoua mais aujourd’hui nombreux sont ceux qui sont sortis de mon écurie et qui font du cinéma. C’est la première fois, de toute l’existence des Abouré qu’on a le cinéma en Abouré qui est mon œuvre et je suis fier de le dire.

 

Vos films sont-ils exclusivement réalisés en langue Abouré ? y’a t-il une version française ou sont-ils sous titrés en français ?

     Je fais aussi des films en français, J’ai même participé à clap ivoire en 2010 avec mon film « à chacun son compteur » qui n’était pas en Abouré. Pour mes films en langue Abouré, je fais du sous titrage en français ce qui permet à tout le monde de les regarder.

 

Avez-vous mis en place une structure cinématographique vous permettant de bien fonctionner ?

    Oui la structure porte mon nom FK family (Felix Kocogni family), que j’appelle souvent FK Prod mais pour véritablement avoir des images j’ai recours à MB Prod (Moise Blé Production) de Bonoua cablo TV qui me prête gracieusement sa caméra pour mes tournages, il m’octroie le matériel mais je suis celui qui fait les montages.

 

Comment est organisé le casting de vos acteurs ? Quels sont les critères de sélection de ces derniers ?

    Il faut seulement résider à Bonoua, il n’y a pas de critères particuliers. Parmi mes acteurs, il y’a des Wobé, des Agni, des Senoufo… la plupart de mes films sont en Abouré mais je fais aussi des films en français, j’accepte tout le monde.je n’ai moi-même pas été dans une école de cinéma donc je forme mes acteurs sur le tas, avec de l’imagination on peut y arriver pas besoin d’une grande expérience.

 

Comment s’est faite la composition de votre équipe technique ? Combien de personnes la composent et sur quelle base l’avez-vous constituée ?

      A mes débuts j’avais une équipe qui s’en chargeait mais je ne peux plus m’offrir les services de cette équipe. Aujourd’hui par manque de moyens, Je suis le scénariste, le cameraman, le réalisateur, le producteur, le metteur en scène… en somme je représente l’équipe a moi tout seul ; c’est pourquoi je sors toujours avec mon ordinateur (il nous le montre), je me mets au travail dès que j’ai un bout de temps.

 

Combien de films déjà à votre actif ?

      J’ai une vingtaine de films dont le plus long s’intitule « eau minérale » que j’ai scindé en plusieurs épisodes de 30minutes. Le tournage se fait un peu partout, mais toujours par manque de moyens et de matériels, je précise que nous n’avons ni camera ni micro perche, nous ne sortons pas de la région ; aussi le député maire de la commune de Bonoua a donné son accord pour un soutien financier vu qu’il aide beaucoup la jeunesse mais les moyens n’ayant pas encore été mis à notre disposition nous tournons pour le moment à Assinie, Assouindé en dehors des villages Abouré.

 

Quels sont les sujets que vous évoquez dans vos films et d’où tirez-vous l’inspiration ?

     J’ai été élevé par mon arrière grande mère qui m’a inculqué une grande sagesse, avec elle j’ai appris énormément, mes thèmes sont donc vraiment réfléchis. Ils sont tirés des faits de sociétés, du quotidien, de la vie active et des émissions que j’anime, j’aime les histoires claires qui ont une fin certaine. Dans l’un de mes films par exemple je raconte l’histoire d’un couple qui est confronté à un problème d’enfantement parce que le mari est impuissant, ce dernier va alors demander à son neveu des rapports intimes avec sa femme dans le but de faire un enfant en échange de l’argent. Par la suite le neveu tombé amoureux, va s’allier à la femme pour tuer le mari à petit feu mais le mari retrouvera sa virilité plus tard, ce qui va changer le cours de l’histoire, qu’en sera-t-il de la relation entre le neveu et la femme ? La femme attribuera-t-elle la paternité de son enfant à son mari ou non ?

 

Le cinéma en langue Abouré, est-ce une simple passion ou une visée professionnelle pour M. KOCOGNY ?

     D’abord une passion mais aussi un devoir de conscience comme je l’ai dit précédemment parce qu’il faut sauvegarder la langue Abouré à travers le cinéma, mes films constituent des œuvres, des traces indélébiles pour la génération à venir. Pour nos frères vivant en occident qui parlent rarement la langue Abouré, ceci permettra à leur progéniture de prendre connaissance de cette langue. Les idées et l’inspiration ne font pas défaut mais je suis face à un gros problème financier.

 

Nous savons très bien que le milieu cinématographique requiert assez de moyens financiers, pouvez-vous nous dire d’où proviennent vos fonds ?

    L’argent provient de mes poches. Au début, je louais mon matériel, je pensais recevoir de l’aide de la population mais aujourd’hui je suis à bout de souffle, je n’ai plus rien. Je continue mes tournages avec la camera de Moise (MB Prod) parce qu’il me l’offre gratuitement, dernièrement Il m’a fallu emprunter de l’argent pour commercialiser mes CD. Avec mon équipe, on se déplace à pied parfois pour aller tourner à kodjobouet ou je choisis un nombre de personnes pour nos tournages à Assinie afin de réduire les dépenses, ça nécessite véritablement un gros budget et je n’ai plus assez de moyens financiers pour continuer.

 

Etes-vous reconnus par le BURIDA ou envisagez-vous le faire ?

   Je suis très heureux d’entendre cette question. En fait, déclarer une œuvre au BURIDA c’est aussi déclarer ceux avec qui vous travaillé et ils doivent être rémunérés or, je n’ai pas les moyens de le faire, je ne reçois aucune aide extérieure ce qui rend le travail beaucoup plus difficile. J’ai mal quand je vois mes CD dupliqués mais l’idée d’apporter de la joie, un sentiment de fierté à nos parents qui entendent leur langue à la radio et dans le cinéma me réconforte. Je ne suis pas déclaré au BURIDA, je reste ouvert à toute personne de bonne volonté qui voudrait m’aider dans ce sens, une aide dans l’avancement de mon projet.

 

Avez-vous des films sur le marché ? Si oui, y’a-t-il une structure spéciale qui vous aide dans la commercialisation ?

     Oui, nous avons des films sur le marché de Bonoua. Il n’y a pas de structure spéciale, je manque de moyens financiers donc mes acteurs sont ceux qui vendent les CD.

 

Avez-vous des contacts ou des personnes ressources dans le milieu cinématographique pour vous aider à progresser ?

     J’ai un ami personnel ‘’ vieux Dosso’’ (acteur ivoirien) que j’ai rencontré ici à Bonoua, j’échange beaucoup avec lui, c’est mon premier conseiller, avec lui j’ai appris à tourner sans écrire de scenario, ce qui a été bénéfique pour mes acteurs surtout pour ceux qui n’ont jamais été à l’école. Il y a aussi M. TEA, un homme avec qui j’ai travaillé et qui est un érudit dans le cinéma, nous ne travaillons malheureusement plus ensemble parce que le chemin que j’ai emprunté diffère un peu du sien vu que je suis purement traditionnel. En dehors de ces deux personnes je ne connais quasiment personne, j’ai rencontré un autre acteur « Akowé » au cours d’une formation mais pas encore de collaboration véritable.

 

Le cinéma est aussi touché par la piraterie à l’instar du grand milieu artistique, quelle est votre opinion sur ce fléau ? En êtes-vous une victime ?

     A Bonoua, les gens n’ont pas vraiment cette envie de piraterie mais j’ai déjà remarqué que mes films ont été convertis en format téléphone ici, particulièrement celui qui s’intitule « le beau-père ». Je fais le cinéma par passion et non pour m’enrichir, c’est une première, une fierté de voir le cinéma en Abouré pour ceux qui comprennent et connaissent la valeur de ce travail. Aujourd’hui je clame haut et fort que « je suis le père du cinéma à Bonoua et personne d’autre ne viendra dire le contraire » j’ai eu l’idée, avant moi personne ne faisait du cinéma à Bonoua, aujourd’hui nombreux sont ceux qui le font mais je me démarque par mon travail. Je lance vraiment un appel à la population « aidez-nous », que chacun ait son CD, faites la police pour nous quand vous le pouvez parce que nous n’y gagnons rien.

 

Quels conseils pouvez-vous donnez à toutes ces personnes qui désirent faire carrière dans le cinéma ?

      Je donnerai des conseils à ceux qui pensent qu’ils ne peuvent pas faire du cinéma. Mon slogan c’est ‘’l’autre valeur du cinéma à Bonoua’’ parce qu’il fut un moment ou tout devait venir d’Abidjan. Je dirai aux jeunes frères qui manquent d’assurance, de confiance de venir au cinéma, un remède efficace contre la honte, la timidité ; plusieurs méthodes sont adoptées ici pour bannir ces maux, cependant il leur faut une formation théorique ce que nous ne faisons pas. Chez nous c’est que la pratique mais je ferai aussi la théorie si des personnes sont prêtes à nous aider.

 

Votre mot de fin !!!

Je lance un appel aux autorités, à M. le maire, aux parents de se pencher sur ce que je fais, qu’il nous aide à obtenir le matériel dont nous avons besoin. Mes castings sont évalués à 3000 FCFA et cette somme représente une participation pour celui qui viens s’inscrire, ailleurs on prélève plus. J’insiste donc auprès de M. le maire de bien vouloir m’accorder un soutien financier et j’ai foi en lui, j’exhorte aussi les frères vivant à l’étranger qui croient réellement en ce projet de m’aider. J’ai énormément besoin de matériels (camera, micro perche…).

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